Inflation : prophétie auto-réalisatrice, craintes infondées ou danger imminent ?

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Si on avait craint son éventuel retour après la crise de 2008 et les QE (Quantitative Easing – Assouplissement Quantitatif) généreux déployés à l’époque par les banques centrales pour relancer la machine économique, jamais ce débat n’a fait autant rage. Si l’inflation est avant tout un phénomène monétaire, comme le disait Milton Friedman, la psychologie joue également un grand rôle. C’est pourquoi l’accélération de la hausse de l’inflation pourrait se matérialiser simplement par le fait de la craindre sans cesse.

Pourquoi certains refusent de considérer le risque inflationniste ?

La hausse des prix est avant tout un phénomène monétaire. Quand il y a davantage de monnaie en circulation pour acheter des biens dont l’offre est limitée, les prix ne peuvent que grimper. En 2008, on avait craint l’émergence d’une inflation supérieure aux 2 % souhaités par les banques centrales en raison de leurs assouplissements quantitatifs. Au final, ces craintes furent non fondées. À vrai dire il y eut bien inflation, mais des prix des actifs financiers et de l’immobilier. Après le petit pic post récession des prix à la consommation, l’inflation s’est normalisée au point même d’être inférieure à l’objectif des banques centrales. La déflation, le paradigme dans lequel nous vivons depuis le début des années 80, a vite repris ses droits.

Aujourd’hui pourrait être différent

Aujourd’hui, certains analystes évoquent cet épisode pour balayer du revers de la main le risque inflationniste. La crise du Covid est pourtant fondamentalement différente de celle de 2008. Elle a donc engendré une réponse elle aussi différente. Après l’effondrement de Lehman Brothers, les interventions furent strictement monétaires (achats d’actifs et baisse des taux). Depuis un peu plus d’un an, non seulement les banques centrales sont intervenues de façon massive sur les marchés mais les gouvernements ont également pris des mesures sans précédent, susceptibles d’aller jusqu’à la distribution « gratuite » d’argent. Tout ceci a lieu sur fond de perturbation des chaînes logistiques et du marché du travail qui engendrent des soucis de production. 

Il faut également prendre en compte d’autres tendances de fond. Les tensions commerciales qui se développent depuis plusieurs années entre les grandes puissances économiques débouchent sur une forme de protectionnisme. La Chine est en train de recentrer son économie sur son marché intérieur. La mondialisation fut durant ces dernières décennies un grand moteur de la déflation. Une marche arrière dans ce domaine devrait donc générer de l’inflation supplémentaire. 

Cela dit, tout ne pointe pas vers l’inflation. L’automatisation, l’intelligence artificielle et autres progrès technologiques sont quant à eux déflationnistes. La transition écologique pourrait quant à elle avoir des effets inflationnistes en raison de la demande fortement accrue pour certains métaux. On peut comparer cela à la tectonique des plaques : des forces immenses s’opposent. Jusqu’ici elles se neutralisent mais rien ne dit qu’il en ira de même demain.

L’inflation pointe le bout de son nez

Pour le mois d’avril, l’inflation s’est élevée à 3,4 % au Canada. Aux États-Unis, où le gouvernement s’est montré particulièrement vigoureux, elle fut de 4,2 %. La hausse des prix est donc bien réelle, ces chiffres n’ont pas fait rire les marchés. C’est pourtant une demi-surprise, il suffit de voir les cours des matières premières, comme le cuivre, le bois ou les céréales, pour constater que les prix augmentent ou de surveiller son budget. 

Pour les banques centrales et ceux qui partagent leurs analyses, cette inflation est temporaire. L’offre et la demande vont se rééquilibrer et tout va reprendre son cours. C’est pourquoi elles indiquent qu’elles ne changeront pas leurs politiques. Les banques centrales sont clairement plus inquiètes de voir la relance dérailler que l’inflation accélérer.

Du côté des marchés, on est très loin de paniquer, malgré les avertissements des chefs d’entreprise qui évoquent la hausse importante de leurs coûts et le besoin de les répercuter désormais sur les consommateurs. Et c’est là que réside le danger. Car une fois que l’inflation est perçue comme un risque par la majorité, elle peut devenir une prophétie auto-réalisatrice. Si tout le monde s’attend à des prix plus haut, la consommation s’accélère afin d’éviter de payer plus cher demain. On accumule des denrées non périssables, ce qui ne fait qu’empirer les choses, on entre dans un cercle vicieux.

Allons nous revivre les années 70 ?

Aujourd’hui, bien malin est celui qui parviendra à prédire les évolutions de l’inflation pour les 10 années à venir. La Banque du Canada a déjà appuyé légèrement sur la pédale de frein en réduisant ses achats obligataires. Elle prévoit désormais de remonter son taux directeur vers le milieu de l’année prochaine. Bien entendu, si la situation devait dégénérer, les banques centrales ont une arme redoutable pour enrayer l’inflation, à savoir les taux d’intérêts.
Durant les années 70, Paul Volcker les avait portés jusqu’à 20 %. Cependant, une augmentation importante est susceptible de générer un krach boursier, de rendre le service de la dette à la limite du supportable pour de nombreux États et entreprises.
Les banques centrales d’aujourd’hui ont bien moins de marges de manœuvre que celles d’il y a 50 ans.

 

 

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